Salomon présentant le Cantique des Cantiques (Cant. 1)

Le Cantique des cantiques

Selon une opinion répandue, le thème de l’amour ne serait pas un thème biblique. Il faudrait attendre, dit-on, les Évangiles pour que le lien de l’homme à Dieu se définisse en termes amoureux.

Pourtant, l’amour biblique existe bel et bien et se dit souvent « ahav » – accepter, adopter, reconnaître. On en trouve deux occurrences dans les premiers textes de la Bible :

II Sam. 12, 24

« Puis David consola Bethsabée, sa femme, et il vint vers elle, il coucha avec elle et elle enfanta un fils, qu’elle appela du nom de Salomon et Yavhé l’aima et il le lui manda par l’organe du prophète Nathan et il l’appela du nom de Yedidyah (aimé de Yah), à cause de Yahvé ».

I Reg. 10, 9

« Béni soit Yavhé, ton Dieu, lui qui s’est complu en toi… » déclare la reine de Saba constatant que Yavhé aime Israël. On notera que c’est une étrangère qui s’exprime, et qu’elle parle indirectement, par énigmes.
Ce thème de l’amour divin sera amplement développé par le Deutéronome (4, 37 ; 8 et 13 ; 10, 15 et 18 ; 23, 6) ; Au seuil de l’exil, Ezéchiel reprend l’énoncé de l’amour de Dieu pour son peuple (Ez. 34, 11-16) : « Me voici moi-même ! Je me soucierai de mes brebis et veillerai sur elles… » De même, Jérémie (2,2-3) : « Je me souviens, pour toi, de la piété de ta jeunesse, de l’amour de tes fiançailles… Israël était une chose sainte pour Yavhé… »

Mais c’est comme une loi d’amour, comme un devoir du fidèle vis-à-vis de son Dieu et de son frère que s’énonce la version la plus remarquée de l’amour biblique. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir » (Deut. 6,5), et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lév. 19,18). Toutefois, cet amour-loi fait souvent oublier la dynamique complexe de l’amour biblique que le Cantique des cantiques reprend, met en évidence et amplifie.

Genèse du texte

Les avis sur la date éventuelle de la rédaction du Cantique divergent. Pour certains, le texte qui fait de nombreuses références à Salomon (3 : 7, 9, 11 ; 8 : 11, 12) aurait été composé par Salomon lui-même, fils de David. La date la plus reculée a été fixée vers 915-913 avant notre ère. Cette thèse prévaut chez les critiques juifs et chrétiens du xixe siècle. D’autres considèrent que le texte est plus récent mais qu’il renferme des allusions à des époques archaïques. Les auteurs qui se fondent sur des analyses linguistiques estiment généralement que le texte ne peut être daté qu’autour du iiie siècle avant notre ère. Parmi les savants modernes, Chaim Rabin (1973) revient à l’hypothèse de l’origine salomonienne du texte, en évoquant surtout l’influence religieuse indienne sur la civilisation hébraïque jusqu’au deuxième millénaire avant notre ère. Cette influence indienne serait manifestée dans le texte du Cantique par le fait que c’est la femme qui est le sujet principal de l’énonciation, que le renouveau de la nature y est célébré, et qu’enfin, la note dominante du sentiment amoureux, par-delà une certaine agressivité du mâle, est la langueur de l’amante, coloration particulièrement familière, selon l’auteur, à la poésie tamil. L’auteur suppose que le texte aurait pu être écrit par quelqu’un qui aurait voyagé en Arabie du Sud jusqu’en Inde, à l’âge d’or du commerce juif avec l’Orient, qui correspond aussi bien à l’époque de Salomon qu’à celle de la poésie tamil. Signalons qu’Adam Clarke au xixe siècle avait déjà établi des parallèles entre le Cantique et le texte de la Gita-Govinda. Ces interprétations constatent des similitudes avec une divinité indienne (Krishna, par exemple) à la fois sensuelle et mystique, et l’amante du Cantique ; mais ils oublient de signaler que l’énonciation du Cantique est très spécifiquement individualisée, assumée par des sujets autonomes et libres qui, comme tels, apparaissent pour la première fois dans la littérature amoureuse mondiale.

Les premières interprétations juives, comme plus tard les chrétiennes, sont allégoriques. Les rabbins voient dans l’amour du Cantique la relation entre Yavhé et le peuple élu. C’est l’interprétation du Midrash, ainsi que des commentaires médiévaux, Saadia Rashi, Ibn Ezra. Sur la base de données linguistiques, on pense que le Targum du Cantique daterait du ve siècle après notre ère, jusqu’au ixe siècle au plus tard. On trouve dans le Targum le célèbre constat du grand savant Saadia (892-942) selon lequel le Cantique est un coffre dont les clés sont perdues. L’interprétation chrétienne, à la suite, y verra l’aspiration de l’Église vers Dieu, quand ce n’est pas le pressentiment de l’amour de la Vierge, ou de l’amour mutuel du Christ et de l’Église. Certains moralistes s’offusqueront des avances faites par une femme, et bergère de surcroît, à un souverain, et trouveront cette psychologie invraisemblable ou non occidentale. Bossuet, en 1693, remarque la correspondance entre la semaine nuptiale juive et la division du Cantique. Il va s’ensuivre une théorie du Cantique comme transposition de chants nuptiaux qui comprend l’étude de Renan mais aussi des travaux plus ethnologiques comparant le Cantique aux coutumes nuptiales syriennes. Des relations ont pu être établies entre le Cantique et les cultes païens de fertilité célébrés en Mésopotamie. On a pu y voir un culte du Dieu Tammuz-Adonis plutôt que du Dieu d’Israël.

Le mysticisme juif, bien connu actuellement grâce aux travaux de G. Scholem, interprète le Cantique à la lumière de ce qu’on a pu appeler The Hebrew goddess (la déesse hébraïque. Pareilles exégèses fondent sur la démonstration qu’à l’origine, Yavhé était représenté par une compagne féminine. Plus tard, lorsqu’il devint interdit de représenter Dieu, la femme fut réduite à la position de gardienne, représentée par deux chérubins féminins.

Après la destruction du premier temple, l’idée s’impose que Dieu seul possède les deux aspects, mâle et femelle, et désormais les chérubins ne signifient plus que des attributs divins. Pour le Talmud, le chérubin mâle représente Dieu, et le chérubin féminin le peuple d’Israël. La kabbale enfin, développe la théorie mystique des Séphiroth et considère le Roi et la Maronite comme deux entités divines.

Notons, pour finir, que le « féminisme », comme une filiation avec une certaine tradition hindouiste dans les études du Cantique, y déchiffre un exemple d’appui pour son interprétation « dé-paternalisante » du judaïsme.

Le fait que l’amour soit représenté dans le Cantique comme l’antidote puissant de la mort, a conduit certains chercheurs à trouver des rapports entre ce texte et les célébrations orgiaques des cultes funéraires babyloniens et grecs, tels que les attestent, entre autres, des textes ugarites. La présence obsédante de la myrrhe et des épices couramment utilisées dans ces banquets mortuaires et orgiaques, est invoquée comme pièce à conviction, ainsi que certaines données linguistiques. Rappelons que le grec herma, et l’ugaritique et l’hébreu yàd, « main », sont utilisés pour désigner le phallus et la stèle mortuaire. De même, en hébreu, « mémoire » et « phallus » semblent liés à la même racine, *dkr, *zkr. Comment ne pas prêter attention à ces interprétations quand on lit dans le Cantique que « l’amour est aussi fort que la mort » ?

En laissant de côté l’étymologie, je vous propose une lecture basée sur la stylistique et la psychanalyse. Pour le texte français du Cantique, on lira Le Cantique des cantiques, suivi des Psaumes traduits et présentés par A. Chouraqui (PUF, 1970), ainsi que l’édition de la Pléiade que nous citons dans ce qui suit. Trois procédés dominent ce texte : le superlatif, la comparaison et l’allégorie.

En effet, le terme de Shir ha-Shirim, « Le Cantique des cantiques », est un superlatif qui, d’emblée, excepte l’incantation amoureuse de tout autre discours, chant, sacré. Ce titre ne dévoile pourtant pas le ressort allégorique de l’incantation dramatique qu’il contient. Ce sera fait par le Livre des lamentations, qui porte en hébreu le nom du premier mot du texte « comme », èykàh (« Comme elle est assise à l’écart, la ville populeuse, elle est comme une veuve… »). Cependant, l’adverbe de comparaison, pivot des allégories, des symboles, du sens figuré, convient aussi bien, sinon plus, au chant d’amour qu’à la complainte. À moins que, réunis dans les Cinq Rouleaux, et séparés à peine par l’histoire de Ruth la Moabite, qui en assure peut-être plutôt la continuité heureuse, amour et lamentation ne soient des invocations jaillies du même fond d’incomplétude, de défaillance, d’appel au sens. L’amour comme plainte qui ne s’avoue pas ? La plainte comme amour qui s’ignore ?

La dramaturgie et la lyrique grecque d’une part, les cultes mésopotamiens de fertilité d’autre part, irriguent sans doute ce chant aux accents souvent païens qui trouve pourtant sa place naturelle dans la Bible. Les rabbins l’ont compris vers l’année 100, à Yabnéh, lorsqu’ils ont fini par accepter, non sans réserves, le dialogue amoureux au sein même des écritures sacrées. « À l’origine, les Proverbes, le Cantique des cantiques et l’Ecclésiaste furent supprimés : parce qu’ils étaient considérés comme de simples paraboles qui ne faisaient pas partie des Écritures saintes (les autorités religieuses) s’élevèrent pour les supprimer ; (et il en fut ainsi) jusqu’à la venue des hommes de Hezekiah qui les interprétèrent ». Rabbi Akiba, de son côté, défendit avec ferveur, et sans doute avec ironie, le droit de cité du texte contesté : « Dieu nous préserve ! Jamais homme en Israël n’a discuté le caractère sacré du Cantique des cantiques ; car le monde entier n’est pas digne du jour où le Cantique des cantiques fut donné à Israël. Si toutes les écritures sont saintes, le Cantique des cantiques est plus saint que les autres. »


La Bible - Cantique des Cantiques


Cantique 1

1.1
Cantique des cantiques, de Salomon.
1.2
Qu'il me baise des baisers de sa bouche! Car ton amour vaut mieux que le vin,
1.3
Tes parfums ont une odeur suave; Ton nom est un parfum qui se répand; C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.
1.4
Entraîne-moi après toi! Nous courrons! Le roi m'introduit dans ses appartements... Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi; Nous célébrerons ton amour plus que le vin. C'est avec raison que l'on t'aime.
1.5
Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem, Comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.
1.6
Ne prenez pas garde à mon teint noir: C'est le soleil qui m'a brûlée. Les fils de ma mère se sont irrités contre moi, Ils m'ont faite gardienne des vignes. Ma vigne, à moi, je ne l'ai pas gardée.
1.7
Dis-moi, ô toi que mon coeur aime, Où tu fais paître tes brebis, Où tu les fais reposer à midi; Car pourquoi serais-je comme une égarée Près des troupeaux de tes compagnons? -
1.8
Si tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes, Sors sur les traces des brebis, Et fais paître tes chevreaux Près des demeures des bergers. -
1.9
A ma jument qu'on attelle aux chars de Pharaon Je te compare, ô mon amie.
1.10
Tes joues sont belles au milieu des colliers, Ton cou est beau au milieu des rangées de perles.
1.11
Nous te ferons des colliers d'or, Avec des points d'argent. -
1.12
Tandis que le roi est dans son entourage, Mon nard exhale son parfum.
1.13
Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, Qui repose entre mes seins.
1.14
Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troëne Des vignes d'En Guédi. -
1.15
Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes. -
1.16
Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable! Notre lit, c'est la verdure. -
1.17
Les solives de nos maisons sont des cèdres, Nos lambris sont des cyprès. -

Cantique 2

2.1
Je suis un narcisse de Saron, Un lis des vallées. -
2.2
Comme un lis au milieu des épines, Telle est mon amie parmi les jeunes filles. -
2.3
Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt, Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. J'ai désiré m'asseoir à son ombre, Et son fruit est doux à mon palais.
2.4
Il m'a fait entrer dans la maison du vin; Et la bannière qu'il déploie sur moi, c'est l'amour.
2.5
Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins, Fortifiez-moi avec des pommes; Car je suis malade d'amour.
2.6
Que sa main gauche soit sous ma tête, Et que sa droite m'embrasse! -
2.7
Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Par les gazelles et les biches des champs, Ne réveillez pas, ne réveillez pas l'amour, Avant qu'elle le veuille. -
2.8
C'est la voix de mon bien-aimé! Le voici, il vient, Sautant sur les montagnes, Bondissant sur les collines.
2.9
Mon bien-aimé est semblable à la gazelle Ou au faon des biches. Le voici, il est derrière notre mur, Il regarde par la fenêtre, Il regarde par le treillis.
2.10
Mon bien-aimé parle et me dit: Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens!
2.11
Car voici, l'hiver est passé; La pluie a cessé, elle s'en est allée.
2.12
Les fleurs paraissent sur la terre, Le temps de chanter est arrivé, Et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes.
2.13
Le figuier embaume ses fruits, Et les vignes en fleur exhalent leur parfum. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens!
2.14
Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher, Qui te caches dans les parois escarpées, Fais-moi voir ta figure, Fais-moi entendre ta voix; Car ta voix est douce, et ta figure est agréable.
2.15
Prenez-nous les renards, Les petits renards qui ravagent les vignes; Car nos vignes sont en fleur.
2.16
Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui; Il fait paître son troupeau parmi les lis.
2.17
Avant que le jour se rafraîchisse, Et que les ombres fuient, Reviens!... sois semblable, mon bien-aimé, A la gazelle ou au faon des biches, Sur les montagnes qui nous séparent.

Cantique 3

3.1
Sur ma couche, pendant les nuits, J'ai cherché celui que mon coeur aime; Je l'ai cherché, et je ne l'ai point trouvé...
3.2
Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville, Dans les rues et sur les places; Je chercherai celui que mon coeur aime... Je l'ai cherché, et je ne l'ai point trouvé.
3.3
Les gardes qui font la ronde dans la ville m'ont rencontrée: Avez-vous vu celui que mon coeur aime?
3.4
A peine les avais-je passés, Que j'ai trouvé celui que mon coeur aime; Je l'ai saisi, et je ne l'ai point lâché Jusqu'à ce que je l'aie amené dans la maison de ma mère, Dans la chambre de celle qui m'a conçue. -
3.5
Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Par les gazelles et les biches des champs, Ne réveillez pas, ne réveillez pas l'amour, Avant qu'elle le veuille. -
3.6
Qui est celle qui monte du désert, Comme des colonnes de fumée, Au milieu des vapeurs de myrrhe et d'encens Et de tous les aromates des marchands? -
3.7
Voici la litière de Salomon, Et autour d'elle soixante vaillants hommes, Des plus vaillants d'Israël.
3.8
Tous sont armés de l'épée, Sont exercés au combat; Chacun porte l'épée sur sa hanche, En vue des alarmes nocturnes.
3.9
Le roi Salomon s'est fait une litière De bois du Liban.
3.10
Il en a fait les colonnes d'argent, Le dossier d'or, Le siège de pourpre; Au milieu est une broderie, oeuvre d'amour Des filles de Jérusalem.
3.11
Sortez, filles de Sion, regardez Le roi Salomon, Avec la couronne dont sa mère l'a couronné Le jour de ses fiançailles, Le jour de la joie de son coeur. -

Cantique 4

4.1
Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes, Derrière ton voile. Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres, Suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.
4.2
Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues, Qui remontent de l'abreuvoir; Toutes portent des jumeaux, Aucune d'elles n'est stérile.
4.3
Tes lèvres sont comme un fil cramoisi, Et ta bouche est charmante; Ta joue est comme une moitié de grenade, Derrière ton voile.
4.4
Ton cou est comme la tour de David, Bâtie pour être un arsenal; Mille boucliers y sont suspendus, Tous les boucliers des héros.
4.5
Tes deux seins sont comme deux faons, Comme les jumeaux d'une gazelle, Qui paissent au milieu des lis.
4.6
Avant que le jour se rafraîchisse, Et que les ombres fuient, J'irai à la montagne de la myrrhe Et à la colline de l'encens.
4.7
Tu es toute belle, mon amie, Et il n'y a point en toi de défaut.
4.8
Viens avec moi du Liban, ma fiancée, Viens avec moi du Liban! Regarde du sommet de l'Amana, Du sommet du Senir et de l'Hermon, Des tanières des lions, Des montagnes des léopards.
4.9
Tu me ravis le coeur, ma soeur, ma fiancée, Tu me ravis le coeur par l'un de tes regards, Par l'un des colliers de ton cou.
4.10
Que de charmes dans ton amour, ma soeur, ma fiancée! Comme ton amour vaut mieux que le vin, Et combien tes parfums sont plus suaves que tous les aromates!
4.11
Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée; Il y a sous ta langue du miel et du lait, Et l'odeur de tes vêtements est comme l'odeur du Liban.
4.12
Tu es un jardin fermé, ma soeur, ma fiancée, Une source fermée, une fontaine scellée.
4.13
Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers, Avec les fruits les plus excellents, Les troënes avec le nard;
4.14
Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome, Avec tous les arbres qui donnent l'encens; La myrrhe et l'aloès, Avec tous les principaux aromates;
4.15
Une fontaine des jardins, Une source d'eaux vives, Des ruisseaux du Liban.
4.16
Lève-toi, aquilon! viens, autan! Soufflez sur mon jardin, et que les parfums s'en exhalent! -Que mon bien-aimé entre dans son jardin, Et qu'il mange de ses fruits excellents! -

Cantique 5

5.1
J'entre dans mon jardin, ma soeur, ma fiancée; Je cueille ma myrrhe avec mes aromates, Je mange mon rayon de miel avec mon miel, Je bois mon vin avec mon lait... -Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d'amour! -
5.2
J'étais endormie, mais mon coeur veillait... C'est la voix de mon bien-aimé, qui frappe: -Ouvre-moi, ma soeur, mon amie, Ma colombe, ma parfaite! Car ma tête est couverte de rosée, Mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit. -
5.3
J'ai ôté ma tunique; comment la remettrais-je? J'ai lavé mes pieds; comment les salirais-je?
5.4
Mon bien-aimé a passé la main par la fenêtre, Et mes entrailles se sont émues pour lui.
5.5
Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé; Et de mes mains a dégoutté la myrrhe, De mes doigts, la myrrhe répandue Sur la poignée du verrou.
5.6
J'ai ouvert à mon bien-aimé; Mais mon bien-aimé s'en était allé, il avait disparu. J'étais hors de moi, quand il me parlait. Je l'ai cherché, et je ne l'ai point trouvé; Je l'ai appelé, et il ne m'a point répondu.
5.7
Les gardes qui font la ronde dans la ville m'ont rencontrée; Ils m'ont frappée, ils m'ont blessée; Ils m'ont enlevé mon voile, les gardes des murs.
5.8
Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Si vous trouvez mon bien-aimé, Que lui direz-vous?... Que je suis malade d'amour. -
5.9
Qu'a ton bien-aimé de plus qu'un autre, O la plus belle des femmes? Qu'a ton bien-aimé de plus qu'un autre, Pour que tu nous conjures ainsi? -
5.10
Mon bien-aimé est blanc et vermeil; Il se distingue entre dix mille.
5.11
Sa tête est de l'or pur; Ses boucles sont flottantes, Noires comme le corbeau.
5.12
Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux, Se baignant dans le lait, Reposant au sein de l'abondance.
5.13
Ses joues sont comme un parterre d'aromates, Une couche de plantes odorantes; Ses lèvres sont des lis, D'où découle la myrrhe.
5.14
Ses mains sont des anneaux d'or, Garnis de chrysolithes; Son corps est de l'ivoire poli, Couvert de saphirs;
5.15
Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc, Posées sur des bases d'or pur. Son aspect est comme le Liban, Distingué comme les cèdres.
5.16
Son palais n'est que douceur, Et toute sa personne est pleine de charme. Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, Filles de Jérusalem! -

Cantique 6

6.1
Où est allé ton bien-aimé, O la plus belle des femmes? De quel côté ton bien-aimé s'est-il dirigé? Nous le chercherons avec toi.
6.2
Mon bien-aimé est descendu à son jardin, Au parterre d'aromates, Pour faire paître son troupeau dans les jardins, Et pour cueillir des lis.
6.3
Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi; Il fait paître son troupeau parmi les lis. -
6.4
Tu es belle, mon amie, comme Thirtsa, Agréable comme Jérusalem, Mais terrible comme des troupes sous leurs bannières.
6.5
Détourne de moi tes yeux, car ils me troublent. Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres, Suspendues aux flancs de Galaad.
6.6
Tes dents sont comme un troupeau de brebis, Qui remontent de l'abreuvoir; Toutes portent des jumeaux, Aucune d'elles n'est stérile.
6.7
Ta joue est comme une moitié de grenade, Derrière ton voile...
6.8
Il y a soixante reines, quatre-vingts concubines, Et des jeunes filles sans nombre.
6.9
Une seule est ma colombe, ma parfaite; Elle est l'unique de sa mère, La préférée de celle qui lui donna le jour. Les jeunes filles la voient, et la disent heureuse; Les reines et les concubines aussi, et elles la louent. -
6.10
Qui est celle qui apparaît comme l'aurore, Belle comme la lune, pure comme le soleil, Mais terrible comme des troupes sous leurs bannières? -
6.11
Je suis descendue au jardin des noyers, Pour voir la verdure de la vallée, Pour voir si la vigne pousse, Si les grenadiers fleurissent.
6.12
Je ne sais, mais mon désir m'a rendue semblable Aux chars de mon noble peuple. -

Cantique 7

7.1
Reviens, reviens, Sulamithe! Reviens, reviens, afin que nous te regardions. -Qu'avez-vous à regarder la Sulamithe Comme une danse de deux choeurs?
7.2
Que tes pieds sont beaux dans ta chaussure, fille de prince! Les contours de ta hanche sont comme des colliers, Oeuvre des mains d'un artiste.
7.3
Ton sein est une coupe arrondie, Où le vin parfumé ne manque pas; Ton corps est un tas de froment, Entouré de lis.
7.4
Tes deux seins sont comme deux faons, Comme les jumeaux d'une gazelle.
7.5
Ton cou est comme une tour d'ivoire; Tes yeux sont comme les étangs de Hesbon, Près de la porte de Bath Rabbim; Ton nez est comme la tour du Liban, Qui regarde du côté de Damas.
7.6
Ta tête est élevée comme le Carmel, Et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre; Un roi est enchaîné par des boucles!...
7.7
Que tu es belle, que tu es agréable, O mon amour, au milieu des délices!
7.8
Ta taille ressemble au palmier, Et tes seins à des grappes.
7.9
Je me dis: Je monterai sur le palmier, J'en saisirai les rameaux! Que tes seins soient comme les grappes de la vigne, Le parfum de ton souffle comme celui des pommes,
7.10
Et ta bouche comme un vin excellent,... -Qui coule aisément pour mon bien-aimé, Et glisse sur les lèvres de ceux qui s'endorment!
7.11
Je suis à mon bien-aimé, Et ses désirs se portent vers moi.
7.12
Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs, Demeurons dans les villages!
7.13
Dès le matin nous irons aux vignes, Nous verrons si la vigne pousse, si la fleur s'ouvre, Si les grenadiers fleurissent. Là je te donnerai mon amour.
7.14
Les mandragores répandent leur parfum, Et nous avons à nos portes tous les meilleurs fruits, Nouveaux et anciens: Mon bien-aimé, je les ai gardés pour toi.

Cantique 8

8.1
Oh! Que n'es-tu mon frère, Allaité des mamelles de ma mère! Je te rencontrerais dehors, je t'embrasserais, Et l'on ne me mépriserait pas.
8.2
Je veux te conduire, t'amener à la maison de ma mère; Tu me donneras tes instructions, Et je te ferai boire du vin parfumé, Du moût de mes grenades.
8.3
Que sa main gauche soit sous ma tête, Et que sa droite m'embrasse! -
8.4
Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Ne réveillez pas, ne réveillez pas l'amour, Avant qu'elle le veuille. -
8.5
Qui est celle qui monte du désert, Appuyée sur son bien-aimé? -Je t'ai réveillée sous le pommier; Là ta mère t'a enfantée, C'est là qu'elle t'a enfantée, qu'elle t'a donné le jour. -
8.6
Mets-moi comme un sceau sur ton coeur, Comme un sceau sur ton bras; Car l'amour est fort comme la mort, La jalousie est inflexible comme le séjour des morts; Ses ardeurs sont des ardeurs de feu, Une flamme de l'Éternel.
8.7
Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour, Et les fleuves ne le submergeraient pas; Quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l'amour, Il ne s'attirerait que le mépris.
8.8
Nous avons une petite soeur, Qui n'a point encore de mamelles; Que ferons-nous de notre soeur, Le jour où on la recherchera?
8.9
Si elle est un mur, Nous bâtirons sur elle des créneaux d'argent; Si elle est une porte, Nous la fermerons avec une planche de cèdre. -
8.10
Je suis un mur, Et mes seins sont comme des tours; J'ai été à ses yeux comme celle qui trouve la paix.
8.11
Salomon avait une vigne à Baal Hamon; Il remit la vigne à des gardiens; Chacun apportait pour son fruit mille sicles d'argent.
8.12
Ma vigne, qui est à moi, je la garde. A toi, Salomon, les mille sicles, Et deux cents à ceux qui gardent le fruit! -
8.13
Habitante des jardins! Des amis prêtent l'oreille à ta voix. Daigne me la faire entendre! -
8.14
Fuis, mon bien-aimé! Sois semblable à la gazelle ou au faon des biches, Sur les montagnes des aromates!