Édit de Turgot de 1776 supprimant les corporations

En février 1776, Turgot, contrôleur général des finances, obtint du roi Louis XVI la suppression des communautés de métiers; l'Édit de Turgot de 1776 supprimant les corporations souleva d’emblée de très fortes résistances. Le Parlement de Paris refusa de l’enregistrer et il fallut un lit de justice, le 12 mars 1776, pour l’y contraindre. Ces difficultés provoquèrent la disgrâce de Turgot qui fut révoqué par le roi le 12 mai suivant.

L'acte de naissance de la première corporation de métier serait la construction du temple de Jérusalem par le roi de l’Ancien Testament, Salomon. Salomon commande la construction du temple de Jérusalem. Un moment fondateur dans l’histoire légendaire des francs-maçons.

Page d’un manuscrit, Chronique de Baudoin d’Avennes, vers 1475, manuscrit conservé à la British Library sous la cote Royal MS 18 E V En 1396, l’archevêque de Cantorbéry obtient pour le chantier de sa cathédrale l’embauche de 24 « freemasons ». Le sens de cette expression n’est pas clair, mais il n’a pas rapport avec la franc-maçonnerie. Il désigne des tailleurs de pierre et des maçons qui travaillent la pierre franche. C’est-à-dire la pierre sans défaut, celle qu’on peut utiliser pour la sculpture. À ces artisans plus habiles, semblent réservées les tâches les plus spécifiques ; les autres se contentant de poser les pierres ou de dégrossir les blocs. En observant attentivement les murs des cathédrales, on peut apercevoir sur certains blocs des signes gravés. Leur sens est énigmatique. On attribue communément leur origine soit aux francs-maçons, soit aux compagnons qui auraient utilisé ces marques comme un moyen de communication entre initiés. S’il n’y a pas de parenté évidente entre la franc-maçonnerie et le monde des bâtisseurs de cathédrale, il est indéniable que les francs maçons, séduits par le mode d’organisation médiéval, ont largement puisé chez les travailleurs leurs références. Nous avons déjà parlé des symboles comme l’équerre, le compas, le maillet…

Marque de tâcheron sur la petite église de Martres en Gironde Au sein des métiers médiévaux, le savoir-faire est jalousement gardé. Nul ne peut être initié à la maçonnerie (même chose dans la boucherie, la boulangerie, ou l’orfèvrerie…), sans intégrer la corporation du métier. Le savoir-faire se transmet par l’apprentissage et reste inaccessible à ceux qui n’appartiennent pas au sérail.

À partir de 1600 environ, les corporations d’artisans accueillent en leur sein des gens qui ne sont pas du métier, des notables. Pourquoi les fait-on entrer ? Leurs dons financent la caisse d’entraide de la corporation. Les artisans ont en effet besoin d’argent pour soutenir les ouvriers malades, invalides et pour payer des frais de procès. Les tensions qui traversent dans la seconde moitié du XVIIIe siècle une monarchie française confrontée au défi de la modernisation. Il faut donc attendre l’arrivée de Turgot pour que le gouvernement se saisisse dans toute son étendue d’une question qui était dans l’air du temps depuis au moins deux décennies. Mais, alors que les écrivains les plus radicaux dans leur critique du corporatisme hésitaient à préconiser la suppression pure et simple, l’édit de février 1776 franchit le pas.

Ce n’est pas seulement un bouleversement de toute l’organisation du travail urbain, c’est aussi une remise en cause fondamentale du système de représentation sociale sur lequel était assise la monarchie. Les communautés d'arts et métiers sont une clef essentielle pour comprendre l'Ancien Régime, puisqu'elles réglementaient l'organisation du travail dans les villes et assignaient à chacun une place dans la hiérarchie de la société. Quels pouvoirs détenaient-elles ? Etaient-elles une barrière contre l'anarchie ou une entrave à la liberté des individus et du commerce ? Ces questions sont au coeur des débats sur la modernisation qui ont enflammé la France des Lumières.

En 1776, Turgot, le ministre philosophe, tente de les abolir, mais le vaste mouvement de résistance qu'il soulève le contraint à reculer. Necker impose alors, avec plus ou moins de succès, un corporatisme d'Etat, à la fois plus souple et plus rationnel. Les nouvelles communautés qui se forment aux quatre coins du royaume ne sont abolies qu'en 1791, preuve qu'au début de la Révolution elles constituaient encore, malgré les critiques, l'un des piliers de l'ordre social et politique.

Cette véritable « carnavalisationde l’ordre social » débouche dès le mois de mai sur le renvoi de Turgot. Après une période d’incertitude de quelques mois, un nouvel édit est promulgué en août, qui affirme la nécessité de mettre un terme à la « confusion des états » engendrés par la mesure de février, tout en instituant une véritable refonte du corporatisme. Les corporations nouvelle formule doivent être moins nombreuses, plus ouvertes, débarrassées des abus qui caractérisaient leurs devancières, et se conformer à un modèle uniforme qui les place sous l’autorité et le contrôle de l’État. Mais la réforme est également l’occasion d’exiger des anciens maîtres des droits de confirmation et de réunion qui rappellent les vieilles pratiques de la monarchie et la discréditent aux yeux des maîtres, qui s’estiment victimes d’une nouvelle extorsion fiscale.

Un nouvel édit d’août 1776 rétablissait l'organisation corporative des secteurs concernés, mais il en réduisait le nombre et imposait des règles nouvelles qu'il étendait à de nombreuses autres communautés professionnelles (métiers réglés, métiers banaux). La mise en œuvre de ce nouvel édit dans tout le royaume n’était pas achevée lorsque le décret d’Allarde supprima, de manière définitive, les corporations en 1791...

Derrière les artisans et les architectes des cathédrales se cacheraient les francs-maçons ou du moins leurs ancêtres. L’histoire de la franc-maçonnerie est souvent présentée ainsi. Au départ, on a des maçons de métier et des maîtres d’œuvre qui se consacrent à l’édification d’une cathédrale. C’est la maçonnerie opérative : elle travaille de ses mains et géré par les corporations. Peu à peu, les membres extérieurs (les gentlemen masons) deviennent majoritaires dans les loges par rapport aux travailleurs. En conséquence, le but de ces associations est réorienté : il ne s’agit plus de construire des édifices, mais de construire des hommes parfaits. C’est la naissance de la maçonnerie spéculative, autrement dit la franc-maçonnerie moderne et la fin des corporations de métiers, les ouvriers qualifiés sont remplacé par des ouvriers non qualifié et bon marchés.