Dante et Béatrice sur les rives du Léthé dans le Paradis terrestre, par Cristobal Rojas (1889).

Dante Alighieri

La Divine Comédie 1302 et 1321

Elle est également considérée comme le premier grand texte en italien : la langue dans laquelle elle est écrite a eu une influence considérable sur l'idiome moderne de la péninsule. Pour écrire son œuvre, Dante a été très largement inspiré par le sanglant conflit qu'il a lui-même vécu en Italie, opposant les Guelfes (Guelfi) et les Gibelins (Ghibellini) (1125-1300). Du point de vue littéraire, Dante fait référence explicite à l’Énéide et à l'Apocalypse de Paul, les deux textes antiques les plus connus dans le genre des récits de voyage dans les Enfers. Le lecteur de La Divine Comédie ne doit donc pas en rester au seul sens littéral. D’ailleurs à plusieurs reprises Dante prévient son lecteur qu’il ne doit pas se contenter de la seule apparence, mais regarder aussi «sous le voile». C’est le cas au Chant VIII du Purgatoire:

Dante réunit le savoir des universels du Moyen Âge et l’expérience individuelle que nous croyons souvent être le fruit exclusif de l’humanisme ; cette valeur, si précieuse, de l’expérience est pourtant affirmée dans l’un des chants les plus troublants de l’Enfer, dans la célèbre oraison d’Ulysse à ses compagnons : « Ô frères dis-je “qui par cent mille périls êtes venus à l’Occident et à cette veille si petite de nos sens, qui leur reste seule : ne refusez pas l’expérience, en suivant le soleil, du monde inhabité » (XXVI, 112-117). Nous avons aujourd’hui besoin de valeurs universelles capables d’exalter, également, la dignité de chacun des hommes sur Terre.

Le titre même du poème, Comédie, ou « scène de village » comme Dante le dit dans son épître à Cangrande della Scala, son protecteur, suggère un ensemble de personnages, de lieux géographiques et mythiques, de narrations historiques et familiales, de mémoires du vécu et de traditions régionales. Il s’exprime par une pluralité linguistique impressionnante : l’italien des savants, les variantes humbles et populaires des patois, le latin liturgique, le latin de Virgile et d’Ovide, le provençal, et même des formules diaboliques incompréhensibles… Tous ont droit de parole. Pour ce qui est de “divine” il s’agit d’un ajout tardif. Il n’apparaît qu’en 1555, dans une édition vénitienne établie par Lodovico Dolce. Le syntagme Divina Commedia (est) adopté définitivement à partir du milieu du XVIIIe siècle.

La poésie tient souvent en une sensation. Quelques mots, une musique, un rythme, et l’enchantement est là. Qu’importe si la route est longue et périlleuse, la poésie jamais ne nous quittera. Serions nous comme ce paysan au bord du découragement, au début du Chant XXIV de l’Enfer à nous désespérer d’un hiver qui n’en finit pas? Deux vers suffisent à faire renaître l’espoir.