Anne d'Autriche régente du royaume de France

18 mai 1643 : Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, devient Régente

L’infante d’Espagne épouse Louis XIII en 1615, sous la régence de l’inflexible Marie de Médicis. Les deux jeunes mariés ont alors quatorze ans, sont tout aussi inexpérimentés l’un que l’autre, mais la reine-mère intraitable exige que le mariage soit consommé. Les maladresses s’enchaînent, la nuit de noce est une catastrophe et Louis XIII, traumatisé, ne touchera plus son épouse avant que le duc de Luynes, favori de Marie de Médicis, ne parvienne à l’y obliger en 1619.

Délaissée par son mari, parlant à peine français, privée de tout rôle politique par Marie de Médicis qui tient le pouvoir d’une main de fer, la jeune et pieuse espagnole se morfond au milieu des courtisans exubérants et dissipés qui peuplent le Louvre.

Au cours d’une mission diplomatique, le duc George Villiers de Buckingham s’éprend d’elle et la courtise assidûment ; et à Amiens, une étape du voyage, un incident éclate. Le duc a isolé la reine, et se montre si entreprenant qu’il la fait basculer à la renverse. Elle crie à l’aide, et alors que la suite accourt, le duc s’échappe prestement. Il s’agit à peine de ce que l’on appellerait aujourd’hui un flirt, rien n’est consommé, l’affaire est bénigne, mais le duc de Buckingham passe pour le plus bel homme d’Europe (voir portrait ci-dessous) ; et il n’est pas impossible que la reine, ignorée par un époux rigide et méfiant, ait été brièvement flattée de ses avances – ou du moins, c’est ce que tout le monde s’accorde à penser. Humilié, Louis XIII s’éloigne encore de sa femme.

En 1635, la mésentente entre les époux atteint son paroxysme : en vingt ans de mariage, la reine n’a donné aucun héritier à Louis XIII, et alors que la France vient de déclarer la guerre à l’Espagne, Anne d’Autriche devient suspecte. Richelieu attire l’attention du roi sur la correspondance fournie qu’elle entretient avec son frère Philippe IV, roi d’Espagne ; comme il ne s’agirait pas que la reine de France soit une espionne au service de l’ennemi, on ouvre son courrier, on perquisitionne ses appartements et ses lieux de retraite, on mène une enquête sur elle.

En 1638, à l’âge de trente-sept ans, elle met enfin au monde son premier fils : Louis Dieudonné, surnommé ainsi car il naît suite à un pèlerinage de la reine, futur Louis XIV. On attribue sa conception à un orage, qui aurait forcé Louis XIII à passer la nuit chez sa femme au Louvre au lieu de rejoindre sa destination originelle. Deux ans plus tard naît Philippe d’Orléans. Mais ce n’est qu’en 1643, à la mort de Louis XIII, que le rôle politique d’Anne d’Autriche commence véritablement : Richelieu et Marie de Médicis sont morts l’année précédente, le futur Louis XIV n’a que cinq ans, aussi, le 18 mai, devient-elle Régente.

Elle fait casser le testament de Louis XIII, qui prévoyait de la tenir éloignée des affaires d’État, et nomme Mazarin comme ministre. C’est ce duo, dont on dit qu’il est lié par un mariage secret, qui éduque le futur Louis XIV et fait face à la Fronde (1648-1653). Louis Dieudonné, qui voue une véritable vénération à sa mère, lui sera toujours reconnaissant de lui avoir laissé le pouvoir à sa majorité (c’est-à-dire à ses treize ans, en 1651) au lieu de s’accrocher au trône comme le fit Marie de Médicis. En 1666, un cancer du sein emporte la reine-mère après une longue agonie. Louis XIV, bouleversé, s’évanouit en apprenant la nouvelle. Anne d’Autriche fut l’une des reines les plus appréciées de ses contemporains, qui admiraient son humilité, sa sagesse et sa force d’esprit, ce dont témoignent ces quelques vers de Madeleine de Scudéry :

« Elle sut mépriser les caprices du sort, Regarder sans horreur les horreurs de la mort, Affermir un grand trône et le quitter sans peine ; Et pour tout dire enfin, vivre et mourir en reine »
« Quelles fiançailles ! Celles du père et de la mère de Louis XIV. Ces fiançailles, ce mariage ont eu sur notre pays et même sur les autres nations une influence si profonde, que rien de ce qui s’y rapporte ne saurait être d’un médiocre intérêt. D’un intérêt historique, d’un intérêt aussi de curiosité pour les amateurs de contraste et de pittoresque. Pendant près de deux mois, la gravité, la réserve, la hauteur castillane sont en contact avec la vanité, l’exubérance, la courtoisie raffinée des Français. En contact et en lutte ; car c’est le patriotisme, plus encore que le goût du faste, qui explique et qui justifie la pompe et la magnificence déployées par l’ambassade extraordinaire de France et par la cour d’Espagne pendant ces solennités. C’est la grandeur rivale de la France et celle de l’Espagne que ce faste et cette pompe représentaient. »