547 : Saint Benoît, né en 489 à Nursie (Italie)

- La dimension symbolique d'abord. Dans le monastère, ce qui réunit la communauté, l'oeuvre essentielle, gratuite, où elle célèbre ce qui fonde sa vie, c'est la louange de Dieu, vécue dans la liturgie, les offices qui rythment la journée, l'écoute de l'Écriture et le chant des psaumes.

- La dimension économique, qui lie travail et partage, soude d'une autre manière la communauté. «Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus», avertit Benoît, citant saint Paul. Le travail est donc avant tout obéissance aux réalités du corps tel que Dieu l'a créé. La santé de l'esprit s'entretient également par le travail («la paresse est l'ennemie de l'âme»).
Mais le travail possède aussi une dimension intérieure, cachée : il est la participation à l'oeuvre créatrice de Dieu et aux souffrances du Christ Sauveur. Il est la banalité du quotidien transfigurée en prière des mains, par la grâce du Saint-Esprit. Concrètement, ce travail est d'abord le service que les frères ou les soeurs se rendent mutuellement : cuisine, ménage, infirmerie
Il est aussi l'activité qui permet à la communauté de vivre, sachant que le but n'est pas le profit, mais la communion Mais pas d'économie sans partage. Le principe est tiré des Actes des Apôtres (4, 32) : d'abord que tout soit commun à tous, qu'on ne possède «absolument rien en propre». Ensuite, on partage selon les besoins de chacun. Et tout ce qui est apparence de propriété doit être «extirpé jusqu'à la racine» (55, 18).
De ce principe découlent des consignes qui déterminent un mode de relation aux choses et aux personnes : respect des choses, respect des personnes, reconnaissance de ses infirmités et de ses besoins, aussi bien que de ceux des autres.

- Une troisième dimension mise en valeur par la Règle bénédictine pourrait être qualifiée de dimension personnelle. Chaque personne, pour devenir un être de communion, a besoin d'espace et de temps pour se construire, se retrouver, se ressourcer. Pour saint Benoît, c'est dans la lecture ardente et lente de la Bible, des maîtres spirituels (Lectio divina), que cette dimension trouve avant tout sa réalisation.

- La dimension sociale, enfin, dernière des quatre dimensions, se résume en un seul mot : l'accueil. L'accueil mutuel d'abord. Dans le langage de saint Benoît, cela s'appelle «obéissance mutuelle», avec tout ce que cela comporte d'exigences : bannir «le murmure», c'est-à-dire la répétition des griefs, «se remettre en paix avant le coucher du soleil quand on a eu un désaccord», offrir et recevoir le pardon, pour s'établir dans la vérité et s'ouvrir au-delà de soi Mais l'accueil, c'est aussi l'ouverture à tous : «Tous ceux qui surviennent seront reçus comme le Christ», dit le moine. On le devine, un tel projet de vie implique une certaine conception de l'autorité. L'image que saint Benoît affectionne pour définir l'autorité exercée par l'abbé (ou l'abbesse) est celle du berger, en référence à l'image biblique reprise par l'Évangile. Soucieux de tous, et surtout des faibles, «l'abbé tient la place du Christ» pour le bien de la communauté, et pour que chacun de ses membres s'approche davantage de Dieu.