L’abbaye Saint-Pierre de Moissac

Durant presque mille ans des religieux ont vécu dans l’abbaye Saint-Pierre de Moissac, dont les chapiteaux du cloître et le grand portail sont reconnus au patrimoine mondial par l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle.

507 Fondation légendaire de l'abbaye de Moissac par Clovis après une victoire décisive sur les Wisigoths à Vouillé.

628 Fondation historique de l'abbaye de Moissac par un moine bénédictin venu de l'abbaye de Saint-Wandrille, saint Ansbert.

1042 L'abbaye est ruinée par le comte de Lomagne. Le comte de Toulouse fera appel aux abbés de Cluny, saint Odilon et saint Hugues pour qu'ils la restaurent.

1048-1072 Abbatiat de Durand, moine de Cluny envoyé par saint Odilon.

29 juin 1053 Le comte Pons de Toulouse remet officiellement l'abbatiat de Moissac à Odilon, abbé de Cluny. Durand, moine clunisien, était abbé de Moissac depuis 1048.

1063 Consécration de la nouvelle église abbatiale Saint-Pierre de Moissac et début de la construction du cloître.

1070-1096 Construction de l'église Saint-Sernin de Toulouse consacrée par le pape Urbain II en mai 1096. Elle sera achevée vers 1120.

1085 Ansquitil est élu abbé de Moissac.

1096 Visite du pape Urbain II en mai. À cette occasion il bénit les différents bâtiments monastiques et le cloître en voie d'achèvement.

1087-1107 Abbatiat de Bégon III à sainte-Foy de Conques.

1100 Le cloître de Moissac est achevé sous l'abbatiat d'Ansquitil comme l'indique une inscription en latin portée par le pilier central de la galerie occidentale.

Après 1100 Quelques sculpteurs du cloître de Moissac sont allés travailler au prieuré de la Daurade, une possession que l'abbaye détenait à Toulouse. Ils y réalisèrent des chapiteaux (musée des Augustins, Toulouse), destinés vraisemblablement aux deux premières galeries du cloître qui fut complété vers 1130. Table d'autel en pierre de l'église prieurale Saint-Alain de Lavaur (Tarn) ; le décor de la tranche de la table n'est pas sans rappeler celui des tailloirs des chapiteaux de Moissac et de la Daurade.

Vers 1120 L'église Saint-Jacques de Compostelle en Galice est presque achevée.

Vers 1124 Saint-Jacques de Compostelle est dotée d'un cloître très richement décoré.

1120-1140 Le portail de l'église Saint-Pierre de Moissac est mis en place.

Vers 1140-1150 Sculptures du cloître inférieur de l'abbaye Santo Domingo de Silos, en Espagne, dont le style est proche de celui de Moissac, les chapiteaux historiés surmontant des doubles colonnettes et les piliers d'angles étant couverts de plaques historiées.

1260-1295 Abbatiat de Bernard de Montaigu à Moissac, conseiller de Philippe III le Hardi et Philippe IV le Bel. Il fit modifier le cloître en remplaçant le mur sur lequel reposent les colonnettes de marbre ainsi que les arcs supportés par les chapiteaux. Les arcs furent refait en tiers-point (arc brisé), les écoinçons étant ajourés de petits losanges.

A la fin du 8e siècle des moines bénédictins se sont installés au pied des derniers coteaux du Quercy, à proximité de la confluence du Tarn et de la Garonne. L’abbaye Saint-Pierre de Moissac est devenue une des plus importantes seigneuries du Sud-Ouest de la France, notamment après son affiliation à l’abbaye de Cluny au milieu du 11e siècle. L’accroissement de richesses qui a suivi a permis de lancer de grands chantiers de construction dont les chapiteaux du cloître et le grand portail de l’église. L’abbaye était alors un grand centre intellectuel et les moines ont contribué à la transmission du savoir par la copie et l’illustration de manuscrits. La sécularisation de l'abbaye en 1626 confirme un déclin amorcé plusieurs siècles auparavant. La Révolution a mis un terme à la vie communautaire et engendré la vente des bâtiments. L’église et le cloître ont fait partie de la première liste d’édifices classés Monuments Historiques en 1840 mais cela n’a pu empêcher le passage de la voie ferrée sur l’ancien réfectoire, séparant à jamais l’ensemble abbatial. Depuis le 20e siècle, la ville rachète petit à petit l’abbaye qui lui a donné naissance.

Le cloître

Il s’agit d’un des cloîtres des plus grands et mieux conservés de l’époque romane. Il est célèbre pour la variété et la richesse de son décor sculpté qui se déploie sur 8 piliers et 76 chapiteaux, tous différents. Nombre d’entre eux sont « historiés » et les épisodes qui y sont figurés nous transportent dans l’univers culturel de la fin du 11e siècle. La beauté se cache aussi dans les détails… oiseaux entrelacés, palmettes, rosaces et rinceaux végétaux dont la profusion et la diversité contribuent à créer un ensemble harmonieux.

Le portail

Le portail sud de l’église abbatiale ouvre sur la place majeure de la ville médiévale, c’est un des plus grands portails romans mais aussi un des plus abondamment sculptés. Son tympan figure le retour du Christ sur Terre à la fin des temps : Il trône au centre, majestueux et bénissant. Les bas-côtés relatent l’enfance du Christ et condamnent l’avarice. Animaux, démons, et autres créatures fantastiques nous plongent au cœur du monde médiéval. De grands sculpteurs ont œuvré ici, preuve en est le magnifique visage du prophète Jérémie empreint d’une douce mélancolie.

La salle haute

Depuis le cloître, on peut monter dans la salle haute du clocher porche de l’église, merveille d’architecture romane. De plan carré, sa voute impressionne, elle est constituée de nervures qui rayonnent autour d’un oculus central. Ses côtés sont rythmés par douze grandes baies dont certaines permettent d’admirer l’intérieur de l’église abbatiale depuis l’étage.

L'abbatiale

L’église abbatiale Saint-Pierre, aujourd’hui église paroissiale, porte les marques de plus de mille ans de vie religieuse. Modifiée à plusieurs reprises, elle nous apparaît essentiellement dans son état du XVe siècle avec ses voûtes d’ogives, son chœur à pans coupés et son décor peint. Toutefois les parties basses ont conservé les baies en plein cintre des précédentes églises romanes. On peut y admirer de magnifiques sculptures dont un rare Christ roman en bois polychrome ainsi que des œuvres du XVe siècle dont deux Vierge de pitié et une imposante Mise au tombeau.

La chapelle de l’ancienne Hôtellerie du monastère, dédiée à Sainte-Foy, conserve les vestiges d’un décor de peintures murales réalisées a fresco, à la fin du XIIe siècle. Les restaurations de 2008 ont permis de remettre en lumière les couleurs médiévales, harmonies de bleus, rouges, bruns… composant un opulent arbre de Jessé et le collège apostolique. Dans les quartiers nord de l’abbaye, le Centre d’art roman Marcel Durliat met à disposition de tous, visiteurs, étudiants, chercheurs… une bibliothèque spécialisée sur l’art roman et des reproductions des enluminures réalisées par les moines de Moissac aux XI et XIIe siècles.