L’Hôtel-Dieu de Paris fondé en 651

La fondation de l’Hôtel-Dieu, qu’on attribue à saint Landry, huitième évêque de Paris, remonterait à l’an 660, sous Clovis II.

Les chanoines de Notre-Dame ne possédaient dans le principe que la moitié de cet établissement, l’autre partie leur fut cédée en 1202 par Renaud, évêque de Paris. L’Hôtel-Dieu n’était pas seulement affecté aux pauvres malades, on y admettait également des pauvres valides. Adam, clerc du Roi, fit don à cet hôpital, à la fin du douzième siècle, de deux maisons dans Paris, avec cette condition qu’on fournirait, au jour de son anniversaire, aux pauvres malades, tous les mets qu’ils pourraient désirer.

Philippe-Auguste est le premier de nos rois qui ait fait quelques libéralités à l’Hôtel-Dieu.

Dans une de ses lettres on lit :

« Nous donnons à la maison de Dieu de Paris, située devant l’église de la bienheureuse Marie, pour les pauvres qui s’y trouvent, toute la paille de notre chambre et de notre maison de Paris, chaque fois que nous partirons de cette ville pour aller coucher ailleurs. »
— Par un acte capitulaire de l’église de Paris, l’évêque Maurique et son chapitre arrêtèrent, d’un commun accord, qu’au décès de l’évêque ou d’un chanoine, leur lit appartiendrait à l’Hôtel-Dieu. Mais l’accroissement de la population rendit bientôt insuffisant le service de cet hôpital.

En 1217, le doyen Étienne, conjointement avec le chapitre, chargea par un statut quatre prêtres et quatre clercs des soins spirituels. Trente prêtres et vingt-cinq sœurs, également laïques, durent pourvoir aux besoins des malades. On exigea d’eux la chasteté, et ils furent soumis à une loi disciplinaire sous la surveillance du chapitre et du maître de la maison de Dieu, titre qu’on donnait au membre qui avait la direction de l’établissement.

Saint Louis est regardé à juste titre comme le bienfaiteur de cet hôpital

qui, d’après son désir, prit le nom d’Hôtel-Notre-Dame on de la bienheureuse Vierge Marie. Par ses ordres, il fut exempté des droits d’entrée et de toutes impositions, et les bâtiments, qu’il augmenta, atteignirent le Petit-Pont. Ce prince fit élever à cet édifice une façade appuyée sur deux arches en ogive de l’ancien Petit-Pont.

En 1531, les administrateurs de l’Hôtel-Dieu achetèrent une maison située sur le Petit-Pont, joignant le nouveau portail. Sur l’emplacement de cette maison, qui avait appartenu à la Sainte-Chapelle, le cardinal Antoine Duprat, légat en France, fit bâtir, en 1535, sous François Ier, la salle qu’on nommait, avant la révolution, salle du Légat, et qui fut affectée dans la suite aux malades atteints de la contagion, nom qu’on donnait jadis aux épidémies. La mortalité résultant de ces épidémies s’élevait à un chiffre qui dépasse toute croyance. Ainsi, en 1348, la contagion enlevait 500 personnes par jour à l’Hôtel-Dieu. En 1562, on a constaté dans cet hôpital 67,000 décès ; en 1580, 20,000 ; en 1596, 12,000 ; en 1606, 6,000.

Henri IV fit reconstruire en 1606 la salle Saint-Thomas.

La même année, la salle Saint-Charles, qui donna son nom à un nouveau pont dont les piliers avaient été bâtis sous ce règne, fut achevée par les libéralités de Pompone de Bellièvre. En 1607, Henri IV créa deux hôpitaux, succursales de l’Hôtel-Dieu, l’hôpital Saint-Louis et l’hôpital Sainte-Anne, faubourg Saint-Marcel, pour y placer les malades atteints de la peste ou de la contagion. En 1634, on termina un autre pont qui fut nommé Pont-au-Double. Ainsi cet établissement s’agrandissait à mesure que les maux se multipliaient, et la charité croissait à l’égal des douleurs.

Louis XIV voulut aussi favoriser les développements de cet hôpital.

« Don à l’Hôtel-Dieu du Petil-Châtelet (novembre 1684). — Louis, etc.… Ayant reconnu par nous-même, il y a quelques années, que l’Hôtel-Dieu de notre bonne ville de Paris n’avait point assez d’étendue pour contenir commodément le grand nombre des pauvres malades qu’on y amène tous les jours, lesquels y sont reçus et traités jusques à leur entière convalescence, de quelque pays, nation et religion qu’ils soient, par le bon ordre et l’économie qu’entretiennent dans cette maison les personnes qui en règlent l’administration ; nous aurions dès lors pensé à chercher les moyens de procurer l’augmentation des bâtiments dudit Hôtel-Dieu, et ayant jugé que rien n’était plus avantageux pour exécuter cette charitable entreprise que de faire don au dit Hôtel-Dieu du Petit-Châtelet de notre dite ville de Paris ; à ces causes, désirant, à l’imitation des rois nos prédécesseurs, donner audit Hôtel-Dieu des marques de notre protection et munificence royale, en confirmant notre brevet du 18 septembre de la même année, ci-attaché sous le contr’scel de notre chancellerie, nous avons par ces présentes, signées de notre main, accordé et fait don au dit Hôtel-Dieu du Petit-Châtelet de notre dite ville, appartenances et dépendances, pour y être construits tels bâtiments que les administrateurs d’icelui aviseront pour la commodité des pauvres malades ; voulons et nous plaît que ledit Hôtel-Dieu jouisse pleinement, paisiblement et perpétuellement du dit Petit-Châtelet, etc.… Donné à Versailles, au mois de novembre, l’an de grâce 1684, et de notre règne le 42e. Signé Louis. »
(Archives impériales, section administrative, série E, no 3,370.)

En 1737 et 1772, deux incendies causèrent de grands ravages à l’Hôtel-Dieu

le dernier surtout entraîna la mort d’un grand nombre de malades. Vers cette époque, l’encombrement était devenu si grand à l’Hôtel-Dieu, qu’on avait été forcé de faire coucher huit malades dans le même lit, et presque toujours, le lendemain, trois ou quatre avaient cessé de vivre. L’Hôtel-Dieu, qui ressemblait à un vaste tombeau, était une cause permanente d’infection pour la Cité.

On résolut à cette époque de supprimer cet établissement et de transporter les malades partie à l’hôpital Saint-Louis, partie à la maison dite de Santé.

Des lettres patentes furent rendues à cet effet au mois de mai de l’année 1773. De vives réclamations s’élevèrent contre ce déplacement. Il était à craindre que les blessés, les malades des quartiers du centre, transportés au loin, ne mourussent pendant le trajet. Ces considérations firent abandonner ce projet ; alors un système d’administration plus juste et mieux en rapport avec les besoins des malades fut pratiqué dans cet ancien établissement.

Seulement, il y a toujours plus de malades et le lieu ne peut plus se développer. Les conditions d’accueil deviennent au fur et à mesure précaires comme l’évoque le rapport de Jacques Tenon en 1788 : il y a 1 210 lits pour 3 418 hospitalisés ! Certains chiffres fournis paraîtraient incroyables si le témoignage indiscutable des rapports ne provenait d'hommes tels que Lassonne, Daubenton, Bailly, Lavoisier, La Place, Coulomb, D'Arcet, Tillet, qui s'étaient joints à Tenon : ainsi dans les salles du vieil Hôtel-Dieu, 1219 lits recevaient 3418 patients. Dans la salle Saint-Charles, par exemple, on compte 413 malades pour 119 lits, et dans la salle Saint-Antoine qui lui est jointe sans séparation, 145 malades pour 58 lits, mais en période de presse, où l'on rajoute des lits de sangle, on arrive à compter 818 malades pour les deux salles, ce qui ne donne pas une toise cube d'air à respirer par malade ; on va jusqu'à mettre des brancards sur les ciels des lits, ou à placer six malades par lit. De plus, tous les départements étaient confondus.

Vingt ans plus tôt, avant l'incendie de 1772 qui fera 1200 morts, Voltaire (Anticlérical) décrivait l’établissement en ces termes :

« vous avez dans Paris un Hôtel-Dieu où règne une contagion éternelle, où des malades entassés les uns sur les autres se donnent réciproquement la peste et la mort ».


On note également un taux de mortalité bien plus élevé qu’au sein des autres hôpitaux du pays ; 25% des malades y décèdent en 1817 ! L’inscription qui figurait un temps au-dessus de la porte : « C’est ici la maison de Dieu et la porte du Ciel » prend donc tout son sens…

Jusqu’à l’époque de la révolution, l’histoire de cet hôpital ne nous fournit aucun fait qui mérite d’être rapporté. — Mais au commencement de la Terreur, on ordonna la fermeture de nos églises, et tout ce qui rappelait la foi de nos pères fut proscrit.

— « Séance du duodi, la 3e décade de brumaire an II — Le procureur de la Commune requiert que l’on change dans les hôpitaux les noms des salles des malades, et que l’Hôtel-Dieu soit appelé Maison de l’Humanité. Arrêté et envoyé aux travaux publics pour l’exécution. Signé Lubin, vice-président ; Dorat-Cubières, secrétaire. »


— Le 1er vendémiaire an XII, le ministre de l’intérieur posa la première pierre du portique de l’Hôtel-Dieu, qui fut élevé sur les dessins et sous la direction de M. Clavareau, architecte de cet hôpital. Ce portique est composé de trois colonnes doriques sans cannelures ; elles supportent une frise et un fronton sans ornement. Cette entrée de l’établissement est d’un style sévère, mais un peu lourd. — La création de l’hôpital Beaujon, la formation de l’hôpital Saint-Antoine, permirent bientôt de démolir les parties les plus malsaines de l’Hôtel-Dieu, et d’essayer plusieurs systèmes d’assainissement qui ont réduit ses tables de mortalité au chiffre des hôpitaux les plus favorablement situés.

En pénétrant sous le péristyle de l’Hôtel-Dieu, on aperçoit à gauche la statue de saint Vincent de Paul ; à droite est celle de Montyon, qui a légué aux pauvres son immense fortune. On voit ensuite un grand vestibule sur lequel ouvrent les bureaux, les salles de garde, les amphithéâtres, deux grandes salles de chirurgie. Ce vestibule est décoré des portraits des médecins et chirurgiens les plus célèbres de cet hôpital. On y voit un marbre placé en l’an X, par ordre du premier Consul, pour perpétuer la mémoire de Desault et de Bichat et le souvenir des services rendus par eux à la science. Plusieurs tables d’inscriptions rappellent les diverses ordonnances relatives aux dotations de cet établissement, depuis celle de Philippe-Auguste jusqu’à celles de Louis XVI. Sous un autre vestibule du bâtiment méridional se trouvent les statues de saint Landry, de saint Louis et de Henri IV. Une dernière inscription reproduit en entier cette ode célèbre que Gilbert composa à l’Hôtel-Dieu :

Au banquet de la vie infortuné convive,
J’apparus un jour… et je meurs !…
Je meurs, et sur ma tombe où lentement j’arrive
Nul ne viendra verser des pleurs !…

Au-dessous est écrit : Gilbert, 8 jours avant sa mort, 22 ans !

Pendant ces dernières années, l’administration des hospices a réalisé de grandes améliorations : des travaux importants ont été exécutés. Sur le pont au Double s’élevait un bâtiment contenant des salles de malades. Cette construction malsaine a été détruite. Les deux bâtiments bordant la rivière ont été diminués de longueur pour rendre le pont au Double en entier à la circulation. Les constructions de la rive droite ne communiquaient à la rive opposée qu’au moyen du pont Saint-Charles, sur lequel on avait établi une galerie vitrée ; mais depuis longtemps l’Administration municipale désirait former sur la rive gauche un quai en prolongement de celui de la Tournelle ; l’exécution en avait même été prescrite par une ordonnance royale du 22 mai 1837. Ce projet a été réalisé au moyen du dédoublement du bâtiment Saint-Charles, opéré en 1840. Avant de faire ce changement, qui devait diminuer de 200 lits environ le nombre nécessaire au service de l’hôpital, on construisit un bâtiment parallèle à celui Saint-Charles, et qui est situé entre le nouveau quai et la rue de la Bûcherie. À cette époque, il était question de placer en entier l’Hôtel-Dieu sur la rive gauche de la Seine. Mais d’après un projet actuellement à l’étude, on reporterait l’Hôtel-Dieu à l’extrémité de la Cité, en bordure sur le quai Napoléon. La superficie des terrains et bâtiments occupés par l’Hôtel-Dieu, qui contient 810 lits, est de 7,565 m. En 1853, le nombre des malades traités a été de 13,677 et la mortalité de 1 sur 7,11. La dépense s’est élevée à 526,082 fr. 75 c.